La désinfection des surfaces par voie aérienne en salle propre

En prérequis,
 
-        Comme l’acronyme l’indique, la DSVA (Désinfection des Surfaces par Voie Aérienne) est un processus de désinfection des surfaces et non de l’air, qui s’applique aussi bien dans les milieux de la santé qu’en industries ou en laboratoires.
 
-        Cette opération doit être effectuée sur des surfaces propres et intègres. Le dossier technique du fournisseur remis préalablement doit informer des risques encourus de corrosion ou plus généralement de détérioration des matériaux.
 
Type de DSVA :
 
La DSVA distingue deux types de procédé :
 
-        La désinfection à l’aide de procédés manuels ou dispersâts dirigés, réalisés, en présence humaine, grâce à un pulvérisateur manuel, pneumatique et/ou électrique manœuvré par un opérateur ;
 
-        Le procédé non dirigé, réalisé hors présence humaine stricte, par dispersion de gouttelettes ou de vapeur grâce à un appareil automatique.
 
               C’est ce deuxième procédé qui est visé par cette note technique.
 
Cadre réglementaire et normatif :
 
→ Les produits désinfectants utilisés lors d’une DSVA sont couverts par le Règlement Biocides BPR n°528/2012 du 22 mai 2012, publié au JOUE du 27 juin 2012.
 
En complément, ces produits doivent faire l’objet d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) délivrée par l’ANSES.
 
→ La DSVA repose sur la validation d’un couple appareil-produit chimique selon les prescriptions de la norme française NF T 72281, révisée en 2014.
 
Tout procédé de DSVA doit répondre à cette norme pour revendiquer une efficacité aussi bien sur les bactéries, les levures, les moisissures, les spores bactériennes mais aussi sur les virus.
 
Les objectifs de réduction logarithmique, en Santé humaine et en Industrie, dépendent de la famille de micro-organismes : A titre d’exemple, diminution de 4 log pour des souches de Murine Norovirus en industrie ou en santé humaine, ou Adénovirus type 5 en santé humaine (titre témoin minimal de 105). Un projet de norme européenne pr EN 17272 est en cours avec une annonce de publication pour juin 2020.
 
Compte tenu des applications et des environnements diversifiés, une démarche de validation in situ dans les conditions d’application de la DSVA, est requise.
 
→ En milieu de soins, s’appliquent les recommandations Afssaps (devenue ANSM) de juin 2011, dans le cadre de la surveillance du marché des procédés et appareils destinés à la désinfection des locaux et véhicules dans les cas prévus par l’article L. 3114-1 du Code de la Santé publique.
 
Situations d’application de la DSVA :
 
→ En routine, la DSVA est employée en cas de survie de micro-organismes sur les surfaces. Par exemple, elle est utilisée en établissements de santé, comme désinfection « terminale » après des opérations de bionettoyage (chambres de patients contaminés par Aspergillus ou des Bactéries Hautement Résistantes en secteurs isolés) ou après travaux dans des secteurs sensibles comme l’oncologie ou les greffes. Elle est un des moyens utilisés dans le cadre de la maîtrise du risque infectieux lié à l’environnement notamment en situation d’épidémie non maîtrisée (Recommandations AFSSAPS 2011, Avis SF2H 2010, note technique SF2H 2012, recommandations formalisées d’expert SF2H 2016). 
 
La DSVA est également employée pour la désinfection de surfaces de locaux de patients dont la maladie doit faire l’objet d’un signalement (article L. 3114-1 du code de la sante publique).
 
Dans d’autres domaines, la DSVA permet d’atteindre des surfaces souvent difficilement accessibles, par les opérateurs au niveau des locaux ou des équipements.
 
→ En situation corrective, en cas de contamination microbiologique suspectée ou de présence de souches particulièrement résistantes ou très disséminantes (comme des bactériophages, Listeria, des moisissures…).
 
Critères de choix des produits et technologies disponibles :
 
→ Le choix du désinfectant est fonction du spectre d’activité recherché, du type de diffusion, de la compatibilité avec les matériaux du volume à traiter, la compatibilité avec les produits utilisés dans la procédure de nettoyage et de désinfection (ex : ne pas utiliser d’H202 en DSVA suite à un essuyage manuel de paroi à l’eau de javel, de la présence ou non de résidus chimiques après la mise en œuvre d’une DSVA.
 
Solutions courantes : à base de peroxyde d’hydrogène, d’acide peracétique, de mélanges H202-APA, D’autres solutions existent à base de dioxyde de chlore ou encore d’ammoniums quaternaires.
 
A noter : A l’exclusion de certaines applications militaires, en laboratoires de confinement, le formol (ou formaldéhyde) est usuellement remplacé par des produits de substitution pour lesquels le risque vis-a-vis du manipulateur est plus faible ; ceci conformément à l’Arrêté du 13 juillet 2006, qui fixe la liste des substances, préparations et procédés cancérogènes, paru au Journal officiel du 29 juillet 2006, qui stipule que : Les travaux exposant au formaldéhyde sont ajoutés à la liste des substances, préparations et procédés cancérogènes (applicable au 1er janvier 2007).
 
→ Technologies disponibles :
 
-        L’aérosolisation à chaud : diffuse une solution en particules, de l’ordre du micron, générées par une technique de centrifugation et de scission des gouttelettes de désinfectant.
-        La nébulisation à froid :
Système Venturi : génère des particules comprises entre 10 et 50 μm avec l’air comprimé comme moyen de propulsion. A un effet mouillant.
Système de brouillard sec : produit des particules de 7,5 μm par la collision de deux jets de produit désinfectant propulsés par l’air comprimé.
-        Flash Evaporation : permet de diffuser une vapeur par évaporation instantanée dont la taille de particule est inférieure à 0,01 μm. La vapeur, lorsqu’elle sature le volume, favorise l’efficacité par l’atteinte de la micro-condensation sur l’ensemble des surfaces.
 
La répartition surfacique du produit est dépendante notamment du volume à traiter, de la configuration spatiale plus ou moins encombrée du lieu par des matériels, du débit de sortie du produit, du type de diffusion, et du positionnement de l’appareil. En fonction de la substance active, d’autres paramètres tels que les conditions ambiantes de température et d’hygrométrie influencent l’efficacité de ces technologies.
 
Bonnes pratiques de mise en œuvre :
 
Objectif visé : répartition homogène de l’agent chimique sur les surfaces traitées.
 
La DSVA, basée sur des processus automatisés, est hors présence humaine donc sans risque pour l’utilisateur, à condition de respecter certaines conditions :
-        Mise en confinement du local par calfeutrage et vérification de l’absence d’éventuelles fuites de produits biocides dans les parties adjacentes des locaux traités
-        Arrêt de la ventilation (sauf pour les procédés de DSVA intégrés dans les installations de traitement d’air)
-        Un temps d’aération du local sera nécessaire pour se situer en deçà de la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) autorisée de (ou des) agent(s) chimique(s) dans l’air : VLEP moyen terme 8h, 1 ppm pour le peroxyde d’hydrogène(H202) ou 0,2 ppm pour l’acide peracétique (APA) ou encore 1 ppm pour les mélanges H202-APA.
-        Pour le manipulateur, se munir des équipements de protection individuelle et des moyens de détection appropriés pour ne pas être exposé au biocide.
 
 
Pour en savoir plus :
 
-        Guides « Le nettoyage et la désinfection », mars 2015 et « La biocontamination », novembre 2019 – ASPEC
-        Dossier : Point sur la DSVA, revue SALLES PROPRES n°124 à paraître été 2020
-        Formation « Le nettoyage en salles propres 
» et « La validation du nettoyage en salle propre»


- Par Sylvie VANDRIESSCHE, le 16 avril 2020